Vitrine et front-office

La schizophrénie : affecter d’ignorer l’autre ; mais, guetter et craindre ses réactions, voire s’ajuster soi-même aux desideratas d’autrui. Ce qui conditionnerait déjà un particulier se voit exacerbé à l’échelle d’un pays insulaire et de son peuple îlien, quand les uns et les autres prétendent vouloir/pouvoir accueillir un million de visiteurs à l’année.

Les stations-services constituent une aire bienvenue de «civilisation» après des centaines de kilomètres et de nombreuses heures de cahots sur nos routes nationales réduites à l’état de pistes saisonnières, accessibles seulement en certaines saisons et difficilement praticables le reste de l’année. 

Îlots de lumière au pays des délestages, boutiques d’approvisionnement en produits décalés, dépositaires locaux de bienséances internationales :  de banales stations-services reçoivent une mission inattendue de première vitrine et front-office d’accueil des touristes (nationaux et étrangers) qui doivent voyager au ras-du-sol dans un pays sous-développé et encore plus orphelin de sa compagnie nationale Air Madagascar, riche de son «réseau intérieur le plus dense du monde». 

Déjà, la clim intérieure, qui sauve de la trentaine de degrés Celsius extérieurs, ne doit pas tiédir de l’ignorance d’un personnel trop négligent pour refermer soigneusement la porte derrière lui après ses nombreux va-et-vient pour recharger des téléphones sur les prises prévues pour la clientèle. Ensuite, les rayons seront généreusement achalandés mais certainement pas vides comme dans un magasin de l’époque soviétique ou simples présentoirs des marchandises maigrelettes d’une république socialiste. Enfin, le personnel, promu ambassadeur touristique, affichera figure avenante et comportement au diapason mais surtout attitude professionnelle qui ne s’encombre ni du dernier-né en couches-culottes ni du mari désoeuvré.

Prolongement de cette chaîne de notre «hospitalité légendaire», serveurs et serveuses des restaurants veilleront à leur hygiène corporelle. Si la propreté sur soi peut connaître de petites variations, à l’entreprise d’imposer les minimas absolus : ne pas puer des aisselles pour éviter que le fumet délicat du plat national ne soit pas corrompu par les effluves douteux de l’homme de Néandertal et de la femme de Cro-magnon. Discipline autoritaire au nom du million de touristes d’intérêt national. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

1 Commentaires

  1. quand il 'y a pas d'eau au robinet au robinet comment de désinfecter ?

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