Le mirage annuel

À l’instar de ses prédécesseurs, 2026 a été reçue en triomphe dans chaque fuseau horaire. Et comme ses devanciers, elle apporte l’enthousiasme et la joie aux cœurs qu’elle imprègne de son parfum, qui exhale le renouveau. Un envoûtement qui, pendant les premiers mois de l’année, donne au temps une apparence bienveillante. Les premières semaines laissent encore l’esprit de la fête s’inviter dans nos quotidiens, pas encore totalement sous l’emprise de a routine.

Le temps court, dit-on ; les jours, les mois et les années, lancés dans leur course folle, nous rattrapent (et non l’inverse). Ainsi, 2026 est arrivée et on l’a, comme à l’accoutumée, bien accueillie, avec toujours le même faste et les embrassades qui se veulent d’un enthousiasme contagieux. Dans ces moments-là, on n’est plus en phase avec le poète qui a écrit : « Ô temps, suspends ton vol » ; l’arrivée du nouvel an est généralement attendue et non redoutée, comme c’est souvent le cas.

On est encore dans la phase de naïveté, et on est comme Pangloss, le personnage du conte Candide (Voltaire, 1759), pour qui tout ce qui arrive est « pour le mieux ». Cette même candeur nous étreint également quand une nouvelle année nous atteint. Et elle distille en nous une allégresse qui s’amenuise à mesure que le temps poursuit sur sa lancée. Mais après l’ivresse exaltante du mois de janvier, les illusions s’évanouissent peu à peu et nos esprits renouent avec l’ordinaire, qui n’est pas toujours rose.

Pour Blaise Pascal, l’homme se réfugie dans le divertissement pour oublier sa condition. La fin de l’année et les prémices d’une nouvelle sont parmi les meilleures sources d’évasion. Avec les amusements qu’elles prodiguent, on est aisément détourné de nos soucis journaliers. Mais on sait qu’une fois les effets « magiques » estompés, on reviendra à la réalité plus fade des heures. Chuter dans ce retour de la lucidité est alors une des expériences les plus éprouvantes.

Avant chaque 1er janvier, on a ce sentiment de se rapprocher d’un sommet mais, tel le rocher de Sisyphe, on entame également une descente progressive qui nous ramène dans la vie réelle. On ne peut que souhaiter qu’elle sera ponctuée par la réalisation du quart de nos vœux et de la concrétisation de nos résolutions.

Fenitra Ratefiarivony

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