Durlin Retogniane est formateur en entrepreneuriat et en langues étrangères. Il est surtout un observateur de la vie politique et économique et brosse les réalités économiques de la région Atsimo Andrefana, dans laquelle il vit au quotidien.
Comment dépeindre la réalité économique de la région Atsimo Andrefana actuellement ?
De nombreux jeunes n’ont pas encore d’emplois. Des promesses de création d’emplois leur ont été faites, comme quoi des secteurs d’activité les sortiront de cette sphère du manque d’emplois. Des propagandes présidentielles leur ont promis l’exploitation du charbon de terre de Sakoa, la reprise de l’élevage du coton de Tuléar, pour ne citer que ces deux exemples. Les jeunes de Toliara ont été ainsi très présents dans le mouvement GenZ, car ils aspirent à un réel changement. Les potentialités économiques de la région sont peu exploitées et les secteurs dominants n’arrivent pas à sortir la région de la pauvreté.
Quels sont les secteurs qui pourraient assurer le décollage économique de la région Atsimo Andrefana ?
Il y a d’abord les mines. C’est une région très riche en ressources minières, pour ne citer que la labradorite, l’ilménite, l’or, les pierres précieuses, le graphite. Le tourisme est un secteur transversal qui regorge de potentialités énormes, mais se heurte trop souvent à des blocages. Le troisième secteur porteur demeure la pêche. Avec le contexte actuel vers le changement, la région Atsimo Andrefana doit se tenir prête au décollage économique.
prospère ?
Justement, il faut avoir une vision plus régionale du projet. Même si le site d’exploitation de Vara Mada se trouve dans le district de Toliara II, les impacts positifs du projet doivent être ressentis dans les huit autres districts, en termes d’infrastructures et de redevabilité sociétale d’entreprise. Les districts comme Ampanihy et Benenitra ont besoin de ressentir les avantages de ce projet. La non-effectivité de la décentralisation a été l’un des plus grands soucis. Je m’explique : la répartition des avantages d’une telle exploitation n’est pas claire, bien qu’il y ait des textes et des lois qui cadrent ce que doivent gagner les collectivités locales. La population locale ne voit pas la couleur de ces avantages financiers et elle demande autre chose que des écoles et des CSB. Par ailleurs, cette population est-elle prête à répondre aux exigences des emplois relatifs au secteur minier ? Les neuf districts ont-ils des ressources humaines compétentes ? Se sont-ils préparés aux emplois induits, tels que le service traiteur, l’approvisionnement en produits, en nourriture ? Et une fois le projet opérationnel, les fonctionnaires et les PME peuvent-ils supporter l’inflation qui en découlera ? La communication fait défaut avec ce projet, alors que tous ces paramètres doivent être revus.
Le secteur touristique vit mal l’état de délabrement des routes et des problèmes d’organisation. Comment pourrait-il sortir la tête de l’eau ?
Le tourisme dans la région Atsimo Andrefana manque de ressources humaines compétentes. L’administration régionale du département manque de compétences, le personnel à la tête de l’ORTU manque également de compétences. Il faut vraiment de bonnes personnes aux bonnes places, qu’elles sachent exploiter les potentialités tout en ayant la capacité de contourner les obstacles. L’état de délabrement ne concerne pas seulement les routes nationales, mais aussi l’accessibilité vers les sites. Pourquoi ne pas collaborer avec la direction régionale des Travaux publics ? La réouverture des lignes aériennes régionales avec La Réunion et l’Afrique du Sud est d’une importance capitale si l’on veut vraiment développer le tourisme.
Un mot pour le développement du secteur pêche ?
Le secteur est quelque peu monopolisé par de grandes mains. Aussi est-il primordial de faire appel à des investisseurs en micro-industrie de pêche, rien que pour la transformation des sardines, par exemple. Il est tout à fait possible de créer beaucoup plus d’emplois avec les ressources halieutiques.
Mirana Ihariliva
