Pathétique. C’est le moins que l’on puisse dire de l’appel de détresse des proches des vingt-trois prévenus de l’affaire Boeing 777, hier, face à la presse. Un des leurs vient de mourir en prison à Antanimora sans procès après six mois de détention abusive. Il s’agit plutôt de boucs émissaires qui n’avaient visiblement rien à voir avec la supercherie qui a permis l’acquisition de cinq Boeing immatriculés à Madagascar par la compagnie iranienne Mahan Air, frappée d’interdiction d’achat de Boeing par les États-Unis. Une affaire révélée par la revue Journal de l’Aviation qui a défrayé la chronique par la suite. Le ministre des Transports de l’époque a été limogé de suite après la réponse à une demande d’explication de l’ancien DG de l’ACM, lui- même incarcéré par la suite, mais on ignore ce qu’il en est advenu après la grande évasion des prisonniers suite à la victoire des manifestants GEN Z et au départ de l’ancien président.
L’opération a été montée par deux personnes, Heriniaina Rijasoa Andriamanarivo, propriétaire de la société Udaan ayant pignon sur rue à Analamahitsy, et un ressortissant indien Singh Khushminde, conseil de l’ancien président du Sénat.
Trente-trois personnes ont été traduites devant le PAC et vingt-trois ont été accusées de corruption, d’abus de fonction, faux en écriture publique, association et recel de malfaiteurs, usurpation de titres et abus de fonction.
Comme il fallait trouver très vite des coupables, vu l’ampleur prise par le crime, on a ramassé ceux qui ont été concernés de près ou de loin par l’affaire. C’est ainsi que parmi les prévenus figurent un coursier, un agent de sécurité, un retraité de 70 ans... C’est un peu le même cas lors du trafic de 73 kilos de lingots d’or démasqué à Johannesburg où on a arrêté des sous-fifres sans avoir pu mettre la main sur les gros bonnets.
Le Premier ministre de l’époque avait déclaré que le FBI était sollicité pour aider à mener à bien l’enquête et que ses agents étaient déjà sur place au moment où il avait annoncé la nouvelle. Plus tard, on avait révélé que les agents du FBI venaient de débarquer alors que l’enquête était déjà close et qu’il restait à attendre le procès. Et on en était là. Six mois après, aucune avancée n’a été constatée. Les vingt-deux prévenus continuent de croupir en prison sans savoir s’ils auront droit à un procès équitable.
Depuis 2019, les ministres de la Justice qui se sont succédé dans l’ancien gouvernement ont tous fait une visite à Antanimora et ont constaté la surpopulation dans cette prison et les conditions inhumaines dans lesquelles vivent ensemble prévenus et condamnés. Ils ont également fait une déclaration unanime selon laquelle la règle doit être la mise en liberté provisoire, la mise en détention provisoire une exception. Cela permettra au moins de désengorger un tant soit peu cette vieille prison qui accueille trois fois de personnes qu’elle ne le peut.
Dans la réalité, le bel objectif est resté au stade des intentions. La mise en détention provisoire reste presque systématique. À preuve, il y a plus de prévenus que de condamnés selon les dernières statistiques annoncées lors de la visite du dernier ministre de la Justice du régime précédent.
À l’heure de la Refondation, il est plus que jamais temps de remédier une bonne fois pour toutes cette situation. Il y a maintenant cinquante personnes vraies coupables recherchées qui vivent dehors selon l’actuelle ministre de la Justice alors que des prévenus restent enfermés pour des chefs d’inculpation qui dépassent nettement leur capacité et des petites prérogatives de leur fonction. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.
Sylvain Ranjalahy