Accusés du vol de 300 millions d’ariary au détriment d’une société privée, trois membres des forces de l’ordre et deux civils ont été condamnés hier par la Cour criminelle ordinaire d’Anosy.
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Le procès s’est tenu hier dans la salle n°5 du Palais de Justice d’Anosy. |
L’affaire, jugée hier dans la salle n°5 du Palais de Justice d’Anosy, remonte au 12 décembre 2024. Ce jour-là, à Ankazomanga, une somme de 300 millions d’ariary avait été dérobée à une société privée. À la barre, six prévenus : trois sous-officiers des forces de l’ordre, un agent de sécurité, un civil et l’épouse de ce dernier. À l’issue des débats, seule celle-ci a été acquittée au bénéfice du doute. Les cinq autres ont été reconnus coupables de vol qualifié de nuit sur la voie publique, ainsi que d’association de malfaiteurs.
Les prévenus ont écopé de trente-six mois de prison ferme. Par ailleurs, ils devront verser cent millions d’ariary de dommages et intérêts à la partie civile. Les condamnés, tout comme la représentante de la société, disposent d’un délai de trois jours pour se pourvoir en cassation.
Le procès, entamé peu avant 10 heures, s’est prolongé jusqu’en début d’après-midi. Malgré les preuves présentées par la greffière, les accusés ont nié les faits, compliquant l’établissement de la vérité. La présidente de la cour n’a pas hésité à hausser le ton : « Même si nous restons ici jusqu’à 21 heures pour que vous disiez la vérité, ça ne nous pose aucun problème », a-t-elle lancé.
Peu à peu, les faits ont été reconstitués. Tout a commencé par une suspicion : un agent de sécurité, estimant que son employeur se livrait à un trafic de cocaïne, a alerté un civil. Celui-ci a contacté des membres des forces de l’ordre pour « intervenir ».
Interceptée en pleine rue
La victime venait de récupérer un versement à Ankazomanga lorsqu’elle a été interceptée par trois hommes en uniforme. Ils ont saisi les papiers de son véhicule, l’ont embarquée dans une Kia Sorento, et ont transféré un carton de sa voiture à la leur. Elle a ensuite été relâchée à Ampandrianomby. Le trio s’est rendu à Ankadimbahoaka pour ouvrir le carton : il contenait des liasses de billets. L’argent a été partagé. Quarante millions d’ariary ont été remis à l’informateur civil. L’agent de sécurité affirme, quant à lui, ne rien avoir perçu. Les sous-officiers auraient utilisé leur part pour acheter des véhicules.
Moins d’une semaine plus tard, tous ont été arrêtés. Les biens mal acquis, ainsi que 82 millions d’ariary en espèces et en véhicules, ont été saisis puis restitués à la société victime. Une partie de l’argent, cachée par l’indic à son domicile à l’insu de sa femme, a également été retrouvée.
« Vous ne méritez pas l’uniforme que vous portez. Chaque jour, la population accuse les forces de l’ordre d’être des voleurs, et vous venez de confirmer ces soupçons. Comment nourrir vos familles avec de l’argent volé, en gardant la conscience tranquille ? », a lancé la juge, visiblement indignée.
Malgré le mutisme des accusés, le témoignage en anglais du ressortissant indien et celui de son chauffeur malgache, ainsi que la plaidoirie de l’avocat de la partie civile, ont permis de clarifier les faits. L’avocate générale a résumé son réquisitoire en une phrase : « Je réclame l’application des peines. » Seul l’un des sous-officiers était défendu par un avocat. Les autres ont été assistés par une avocate commise d’office.
Haja Léo