L’affaire Ambohimanga Rova s’est invitée hier dans les débats du tribunal d’Anosy. Lors du procès du meurtre d’un couple belge, deux avocats ont évoqué la mort des quatre suspects lors de leur reconstitution pour dénoncer des violences policières et contester la manière dont certains aveux auraient été obtenus.
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| Même dans la salle des pas perdus, l’affaire Ambohimanga Rova alimente les discussions. |
Le procès, qui s’est tenu dans la salle 5 du tribunal d’Anosy, concernait le meurtre d’un Belge et de son épouse, commis en septembre 2021 à Mahajanga. Le gardien des victimes et un militaire, poursuivis dans cette affaire, ont tous deux été condamnés aux travaux forcés à perpétuité.
Bien que distincte de l’affaire Ambohimanga Rova, cette affaire a donné lieu à un parallèle avec celle-ci. L’avocate du militaire et son confrère commis d’office ont tous deux évoqué la mort des quatre suspects pour mettre en cause les méthodes utilisées par les forces de l’ordre et les conditions dans lesquelles les accusés peuvent être amenés à passer aux aveux.
« Monsieur le Président, nous avons tous entendu parler de l’affaire d’Ambohimanga Rova. Deux jeunes femmes de Manjakaray ont disparu avant d’être retrouvées assassinées à Ambohimanga. La police a arrêté quatre suspects qui ont été abattus lors de la reconstitution des faits. J’ai regardé les photos des meurtriers présumés. Leurs visages étaient enflés et portaient des blessures », a déclaré l’avocate.
Elle a poursuivi : « Cela laisse penser qu’ils ont subi des violences policières. Or, la police affirme qu’ils ont tenté de s’emparer de l’arme d’un agent, provoquant ainsi la riposte des forces de l’ordre. Mon client a, lui aussi, subi des violences pendant sa garde à vue. Il n’a pas pu exercer pleinement ses droits à la défense et a fini par passer aux aveux. »
Son confrère, qui défendait le gardien, a pour sa part cité une autre affaire, celle du meurtre de Danil Radjan, pour illustrer ses réserves concernant les méthodes d’enquête et les aveux obtenus sous la contrainte.
« Dans cette affaire, les enquêteurs avaient filmé l’interrogatoire d’un suspect, patron d’une société de gardiennage et de sécurité. Les éléments examinés par la Cour criminelle ont finalement permis d’établir l’innocence des accusés, aussi bien lors du premier procès que lors du second, après cassation», a-t-il déclaré.
La version des autorités
Concernant le meurtre de Stéphanie Nohasoavina et Haingotiana Rasamison, la Brigade criminelle et le parquet avaient affirmé disposer d’éléments solides contre les quatre suspects. Selon la version communiquée par les autorités, ces derniers auraient opposé une résistance lors de la reconstitution organisée samedi matin à Ambohimanga Rova et tenté de s’emparer d’une arme, provoquant la riposte des forces de l’ordre chargées de leur escorte.
Hier encore, les corps des quatre suspects se trouvaient à la morgue. Parmi eux figurait un footballeur connu aux 67 Ha, ancien capitaine du 67 City FC. Il s’était fait remarquer dans les tournois locaux et avait été plusieurs fois désigné homme du match. Selon ses proches, son parcours avait progressivement pris une autre tournure avant son implication présumée dans cette affaire.
Gustave Mparany
