Similitude

Nous sommes en 1400, vers la fin du Moyen Âge. Paris est l’une des plus grandes villes d’Europe peuplée de deux cent mille habitants. La ville vivait en vase clos dans l’enceinte de Charles V. Les rues sont étroites, sombres et boueuses. Les maisons en bois s’élèvent sur plusieurs étages. Leur promiscuité prive l’endroit de la lumière du soleil. La Seine sert d’égout à ciel ouvert. 

Les conditions de vie sont insupportables. Il n’existe pas de service de voirie. Il n’y avait ni borne fontaine, ni bac à ordures, ni latrines publiques. On jette tout dans la Seine. Les excréments humains, les cadavres d’animaux, le sang des boucheries, les eaux polluées des tanneurs. Mais tout le monde boit l’eau de la Seine faute de mieux. Les nappes phréatiques sont souillées par les rares fosses d’aisance à proximité. 

Dans la rue, il faut être vigilant pour ne pas recevoir le contenu d’un vase de nuit que les femmes jettent par la fenêtre tôt le matin. 

L’air est irrespirable aussi bien dans les maisons que dans la rue. Une odeur pestilentielle dégagée par un mélange d’excréments humains, de cadavres d’animaux en putréfaction, des eaux usées des tanneurs, des déchets de boucherie. Les maladies respiratoires sont inévitables. 

Six siècles plus tard, Antananarivo et les autres grandes villes se trouvent dans la même situation. Les problèmes auxquels font face les responsables de la mairie sont exactement les mêmes. Une population sans éducation, sans aucune notion d’hygiène, des bacs à ordures en nombre insuffisant, des quartiers entiers sans latrine, l’eau courante constitue un luxe, l’électricité marche un jour sur trois. Et le canal Andriantany n’a rien à envier à la Seine de cette époque. Des détritus de toutes sortes y flottent avec en prime des matières en plastique. Le canal est bouché un jour après avoir été curé par la mairie. 

Les maladies causées par la saleté et par la consommation d’eau non potable sont légions. 

Actuellement, la ville essaie d’assainir tout le système d’évacuations d’eaux de pluie et usées mais cet effort se heurte souvent, sinon tout le temps, à l’indifférence sinon à l’ignorance d’une population dérivée d’un exode rural mal maitrisé. Les gens de la campagne n’ont aucune notion de la vie d’une grande ville et ne respectent aucune règle. C’est ainsi que le Code Municipal d’Hygiène a toutes les peines du monde à s’appliquer. La tâche de la CUA ressemble ainsi au labyrinthe de Minotaur. Mais Paris ne s’est pas fait en un jour. Il nous faut donc patienter six siècles. Pas moins.

Sylvain Ranjalahy

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