Réel suspendu

Pendant quelques heures, une journée, avant même sa venue au monde, connut l’épreuve du trouble dissociatif de l’identité. Son statut subit de multiples modelages et remodelages qui ont fini par lui donner des dimensions vertigineuses qui furent à l’origine d’une perspective étourdissante, plongeant ceux qui sont destinés à y naviguer dans l’égarement. Ce furent des moments où la certitude s’est effacée pour laisser place à la tergiversation qui a obscurci les agendas. La formulation venant d’un représentant officiel de l’autorité n’effaça pas encore entièrement le doute qui a dû attendre que le soleil se lève sur ce jour particulier pour s’éclipser partiellement. Car pour les simples citoyens, arpenteurs ordinaires du labyrinthe complexe de l’administration, l’après-midi a été vécu dans la pénible expérience de l’incertitude.

Erwin Schrödinger a imaginé l’expérience de pensée suivante : un chat est enfermé dans une boîte contenant également un poison pouvant être libéré par un événement quantique aléatoire. La vie du chat, tant que la boîte demeure fermée, échappe ainsi à toute détermination : il est à la fois vivant et mort. Deux alternatives qui se superposent sans s’exclure, comme ce qu’on a vécu durant ces heures de discordance voyant la même source attribuer deux statuts différents à une journée. Les lois de la mécanique quantique ne sont évidemment pas celles qui régissent l’administration, mais nous, simples individus, eûmes l’impression de vivre dans un chevauchement des réalités qui donne le tournis.

Notre cas aurait aussi intéressé Kafka. Dans les méandres des décisions de la bureaucratie, la vérité peut facilement sortir de ce qui est à notre portée et s’effacer devant l’opacité. Dans le roman Le Château, on voit comment, malgré la profusion de messages officiels, l’administration continue de véhiculer l’incertitude. Devant un excès d’informations, le citoyen ne sait plus à laquelle accorder une crédibilité. Et notre époque, celle du culte de la vitesse, a augmenté la célérité de l’information qui est plus susceptible de chuter, après une course folle, dans l’instabilité. Et les mots, instruments utilisés, entre autres, pour se comprendre, peinent à assumer cette fonction primordiale.

Pendant cet éprouvant après-midi, les mots circulèrent à profusion sans pour autant pouvoir nous éclairer, nous rappelant les pièces d’Ionesco dans lesquelles ils finissent par être vidés de leur sens. Cet épisode a, ainsi, mis en évidence l’importance de la constance et de la stabilité dans les discours pour ne plus avoir à attendre que la boussole, qui a semblé hésiter, retrouve le nord.

Fenitra Ratefiarivony

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