Donald Trump aurait pu le nommer la Coupe du monde s’il était encore acteur amateur et Don Juan invétéré, mais c’est incontestablement une soucoupe (de grande taille) du monde qui débute ce jour au Mexique. Un Mondial de la démesure dans tous les comportements du jeu, comme aiment dire les chroniqueurs. Une première Coupe du monde se disputant dans trois pays, avec quarante-huit pays où cadors et canassons vont se frotter, où les stades sont d’une magnificence exceptionnelle, où beaucoup de joueurs frôlent ou dépassent la quarantaine, où beaucoup de spectateurs, d’encadrement, de joueurs et d’arbitres sont privés de visa, où aucun pays n’aura la possibilité de voir la retransmission des cent quatre matchs…
La majorité des matchs vont se jouer dans les onze superbes stades américains. Les deux stades canadiens et les trois enceintes mexicaines devront se contenter des miettes.
Il y aura des matchs de très haut niveau avec des équipes comme l’Argentine, le Brésil, l’Espagne, l’Allemagne, l’Angleterre, la Croatie… comme il y aura des matchs ennuyeux à l’image de Haïti, pays sans gouvernement et dirigé par des gangs, dont la qualification relève d’un miracle, le Cap Vert, la RD Congo, l’Ouzbékistan…Mais des surprises à prévoir, étant donné que le football se développe dans tous les pays et qu’il n’y a plus de petites équipes. D’ailleurs, pour la FIFA de Gianni Infantino, plus il y a de participants, qu’importe leur niveau, plus il y a de l’argent à ramasser. Avec cent quatre matchs, les droits de retransmission télévisée ont été multipliés par quatre, passant de 1,6 milliards de dollars en 2022 à 4 milliards de dollars en 2026. Cette année, c’est la chaîne New World TV qui a acquis les droits de retransmission et elle met à disposition de quarante pays subsahariens quarante-quatre matchs gratuits.
Des pays participants risquent ainsi de ne voir aucun match de leur équipe. Quelques pays, en particulier africains, sont venus sans supporters. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, juge normal que le meilleur arbitre africain ait été refoulé par l’administration Trump et se contente d’acquiescer par-dessus le marché que c’est le pays d’accueil qui établit les règles. On croyait que toute ingérence d’un pays dans les affaires des fédérations, toute violation de statut des fédérations équivalait à une suspension du pays incriminé. La FIFA a bel et bien suspendu la Russie après l’invasion en Ukraine alors que les États-Unis et Israël ne sont guère inquiétés après le kidnapping du président vénézuélien et les frappes contre l’Iran. On croyait que le sport et les sportifs sont une chose, la politique en est une autre. La Russie avait nettement sa place dans ce Mondial. Certaines disciplines l’ont compris, d’autres se sont ravisées.
C’est donc un Mondial taillé sur mesure par Donald Trump et il rêve bien de brandir la Croupe du monde le 19 juillet à l’issue d’une finale États-Unis - Iran à New Jersey, sauf ironie du sport. On se rappelle des quatre médailles d’or de l’athlète noir américain Jesse Owens aux J.O. de 1936 au nez et à la barbe d’Hitler. Au sens propre.
Sylvain Ranjalahy