À Antananarivo, la vente d’eau chaude et froide en bouteille prospère, tandis que dans les quartiers populaires, l’accès à la ressource se raréfie. Un contraste saisissant qui interroge le caractère sacré de l’eau, officiellement bien public.
Dans la capitale malgache, l’eau se monnaie désormais comme un bien précieux. Au point de vente d’Analakely, créé il y a deux ans par la fondation Axian, la Commune urbaine d’Antananarivo, Odis et Woosh, la fréquentation explose avec les variations de température. « En 2025, nous avions du mal à écouler l’eau, car les gens ne connaissaient pas encore le service. Aujourd’hui, nous vendons entre 600 et 800 litres par jour», confie Ordelis Justin, responsable commercial.
Le litre d’eau froide ou chaude revient à 1 000 ariary avec la bouteille, et 500 ariary sans contenant. Un tarif hors de portée pour de nombreux ménages, alors qu’un autre point de vente similaire s’est ouvert en partenariat avec la commune de Toamasina. Le modèle repose sur un forage filtré, chauffé électriquement, avec une capacité de stockage de 1 000 litres – aucune citerne d’appoint n’est nécessaire.
Pourtant, à quelques kilomètres de là, dans le quartier densément peuplé de Mandrosoa Ivato, l’eau courante reste un luxe quotidien. La pompe publique de l’église catholique ne fonctionne que de 21 heures à 3 heures du matin, avec un débit si faible que, sur 60 bidons de 15 litres, la moitié seulement peut être remplie. « Le bidon de 15 litres coûte 100 ariary à la pompe, mais l’eau ne coule vraiment qu’en pleine nuit », explique Viky, responsable de la gestion de l’eau.
Face à cette pénurie, des commerçants informels proposent de l’eau de puits à 700 ariary les 15 litres, livraison comprise. Dans les stations-service, la bouteille d’un litre atteint 2 000 ariary, et 33 centilitres d’eau gazeuse se négocient à 1 000 ariary.
Le Code de l’eau rappelle pourtant que « l’eau est un bien public relevant du domaine public ». Mais la privatisation progressive de nombreux sites hydrauliques et la mainmise sur les marais privent des communautés entières, rurales comme urbaines, de ce droit fondamental.
Hasina Giovanni