Malgré des avancées significatives, les professionnels du secteur considèrent que la structuration, le financement et la diffusion demeurent les principaux défis du cinéma malgache.
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| Tovomanana Rabarison l’un des acteurs du secteur cinématographique. |
Le cinéma malgache est à un tournant de son histoire. Porté par des réalisateurs et producteurs de plus en plus exigeants sur la qualité de leurs œuvres, le secteur cherche aujourd’hui à franchir un cap vers une véritable professionnalisation. Si les talents ne manquent pas, les obstacles restent nombreux :
manque de financement, insuffisance des salles de projection, piratage, difficultés de diffusion et absence de certains mécanismes de soutien.
Pour Tovomanana Rabarison, producteur de Maki Production, le problème ne réside pas dans la qualité des créations. « Le cinéma malgache n’est pas mauvais. Il a simplement traversé une période de discrétion », explique-t-il. Selon lui, l’évolution des supports de diffusion, du DVD aux réseaux sociaux, a profondément modifié la manière de promouvoir les productions locales. Les producteurs doivent également composer avec des moyens financiers limités, les sponsors étant encore peu nombreux à investir dans le secteur.
Cette réalité a des conséquences directes sur les tournages. Faute de budget suffisant, certains projets doivent être adaptés ou repensés. À cela s’ajoutent les difficultés liées aux équipements techniques ainsi qu’à l’exploitation des œuvres une fois terminées. « Beaucoup de producteurs se demandent encore comment rentabiliser leurs films entre les salles, les plateformes ou les risques liés au piratage », souligne-t-il.
Frein majeur
Selon Tiavina Rabarison, de CM Visual Production : « Les difficultés concrètes rencontrées par les producteurs au quotidien commencent par le manque de financement et de sponsors, qui oblige souvent les équipes à revoir leurs ambitions à la baisse, voire à déplacer ou réduire des tournages initialement prévus en région. À cela s’ajoute une faiblesse des équipements techniques, qui limite encore les possibilités de production ».
De son côté, le producteur et réalisateur Anatole Ramaroson Razafimbelo estime que la professionnalisation passe avant tout par une meilleure organisation de la filière. Il plaide pour une clarification des rôles entre auteurs, producteurs et distributeurs, ainsi que pour un renforcement des contrats afin de mieux protéger les créateurs. Selon lui : « Le manque de structures de diffusion constitue également un frein majeur au développement du secteur ».
Pour améliorer la qualité des productions, Anatole Ramaroson insiste sur l’importance du travail en amont. « La qualité d’un film commence dès l’écriture », rappelle-t-il. Résidences d’écriture, formations spécialisées et accompagnement des auteurs sont, selon lui, des étapes indispensables avant le tournage. Il souligne également la nécessité de respecter les standards internationaux en matière d’image, de son et de montage.
Les professionnels s’accordent également sur la nécessité de changer certaines perceptions du public. Pour Tovomanana Rabarison, attirer davantage de spectateurs passe par des scénarios originaux, des titres accrocheurs, une meilleure stratégie de communication et une plus grande diversité des genres abordés. L’objectif est de dépasser les clichés souvent associés au cinéma malgache et de proposer des œuvres capables de surprendre le public.
L’intelligence artificielle figure aussi parmi les sujets qui alimentent les débats. Si elle peut constituer un outil d’aide à l’écriture ou à certaines tâches techniques, les professionnels estiment qu’elle ne remplacera jamais la créativité humaine. « Elle doit rester un outil au service du créateur », résume Tovomanana Rabarison, tandis qu’Anatole Ramaroson rappelle que la personnalité du réalisateur et l’originalité du récit demeurent au cœur de toute œuvre cinématographique.
Cassie Ramiandrasoa
