RESSOURCES HALIEUTIQUES - La destruction des récifs met en péril la pêche artisanale

À Ankilibe, dans le district de Toliara II, les pêcheurs artisanaux reviennent de plus en plus avec des prises maigres. Les ressources halieutiques de la côte Ouest sont aujourd’hui fortement menacées.

Pêcheur embarquant sa pirogue à balancier vers la mer.

Dès l’aube, des « kinanga » ou collecteurs s’installent sur les bords de plage d’Ankilibe, Toliara II, avec leur balancier. D’innombrables voiles carrées de couleur blanche se dessinent sur le fond bleu de l’océan : c’est le retour des pêcheurs à bord de leurs pirogues à balancier.

Mais la déception des pêcheurs et des collecteurs est devenue un quotidien en voyant les pagnes à moitié pleins des pêcheurs qui s’aventurent de plus en plus loin pour espérer de meilleures prises.

Selon Refoty Etarana Mandimbelaza, collecteur de produits de mer et sortant de l’université des Sciences halieutiques : « La cause de la diminution des prises en mer n’est autre que la destruction des récifs coralliens. Les causes sont multiples : d’ordre naturel (cyclones, réchauffement climatique...), d’ordre logistique et surtout d’ordre anthropique... »

Suite au manque d’information des pêcheurs sur le rôle essentiel des récifs et des coraux dans l’écosystème maritime, les mauvaises pratiques de pêche dégradent de façon progressive les chaînes de récifs de cette zone, comme dans d’autres localités.

Les pratiques de pêche quotidienne desdits « pêcheurs artisanaux » sont aussi parmi les raisons de cette dégradation. La pêche à pied, effectuée par une communauté de femmes et d’enfants, en général sur les rives, piétine les récifs, surtout pour la prise de poulpes et de sèches. L’utilisation de filets avec des extrémités métalliques gratte et détériore les récifs.

Historiquement, les pêcheurs de la côte Ouest étaient surtout dominés par les Vezo, mais les contraintes économiques actuelles et le boom démographique de chaque région ont poussé toutes sortes de groupes de population : Vezo, Tanalana, Masikoro et, rarement, des Tandroy, malgré leurs craintes de l’océan, à s’orienter vers la pêche. Un éveil tardif, mais sans doute stratégique.

Une pression grandissante

Selon l’ONG : « quatre cent soixante-dix mille personnes y travaillent et 1,5 million de Malgaches en dépendent pour survivre. Cette activité assure la sécurité alimentaire et constitue une source de revenus vitale pour les petits pêcheurs artisanaux. Mais aujourd’hui, ils peinent à vivre de leur travail... »

La pêche illégale se manifeste sous plusieurs formes. Concernant une pratique de pêche très répandue qui use de filets à petites mailles interdits, voire même des « moustiquaires », elle rafle ainsi petits et gros poissons, ne laissant aucune chance de régénération.

Une étude menée par l’IRD et l’IHSM évoque : « Le paradoxe de la pêche au filet de moustiquaire : une pratique adoptée par nécessité économique, mais qui fragilise fortement les écosystèmes marins. »

Spécifiquement, les pieuvres, calmars et sèches ont besoin d’un temps de reproduction pour garantir la pérennité de leurs espèces. « Un temps d’arrêt qui n’est pas aussi respecté à cause de leurs valeurs onéreuses sur le marché et parce qu’ils sont très convoités par les collecteurs étrangers », s’indigne Refoty Etarana Mandimbelaza.

Concernant les interdictions de pêche, de vente et de consommation de certaines variétés de poissons durant la période chaude (novembre-mars), à cause de l’ intoxication par consommation d’animaux marins (Icam), elles ne sont pas non plus respectées. Une situation qui fait plusieurs victimes chaque année.

L’Icam désigne les empoisonnements suite à la consommation de poissons contaminés. La « ciguatera » est une intoxication alimentaire causée par la consommation de poissons des récifs coralliens contaminés par des toxines provenant de microalgues (Gambierdiscus...).

Hasina Giovanni 

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