MORONDAVA - Une bénévole enseigne l’apiculture aux enfants

À Morondava et dans les villages du Menabe, une bénévole portugaise, Filipa Campelo, utilise l’apiculture pour sensibiliser les enfants à la protection des forêts sèches, un écosystème unique mais gravement menacé.

Filipa Campelo, bénévole portugaise qui enseigne l’apiculture aux enfants de Menabe.

Engagée depuis 2021, Filipa Campelo, bénévole portugaise, initie les enfants du Menabe à l’apiculture. À travers cette activité, elle les sensibilise à la préservation des forêts sèches de la région. Car les abeilles ne se résument pas à la production de miel : elles jouent un rôle essentiel dans la pollinisation et l’équilibre de l’environnement. « Il est douloureux de voir l’évolution du Menabe ; sans actions rapides et efficaces, c’est jusqu’à la paix sociale qui pourrait être menacée », souligne-t-elle.

Au cœur du Menabe, dans l’ouest de Madagascar, des enfants apprennent à observer les abeilles pour mieux comprendre leur environnement. À travers l’apiculture, Filipa Campelo transmet aux jeunes générations les bases de la biodiversité et les enjeux de la préservation des forêts sèches, parmi les plus riches et les plus fragiles du pays.

Installée depuis plusieurs années à Madagascar, Filipa Campelo cumule plus de dix ans d’expérience en Afrique dans la coordination de projets de développement local. Sur le terrain, elle privilégie une approche fondée sur l’écoute et la participation des communautés. C’est dans cette dynamique qu’elle a créé l’association Tantely Madagascar, dédiée à la préservation et à la valorisation des ressources naturelles de la côte ouest, notamment dans la région du Menabe.

Les forêts sèches du Menabe comptent parmi les écosystèmes les plus riches au monde, avec un fort taux d’endémisme. Elles abritent des espèces emblématiques comme le microcèbe de Madame Berthe, le plus petit primate connu, ou encore le fosa, principal prédateur terrestre de Madagascar. Les baobabs, symboles de la région, participent également à cette richesse écologique. Mais cet équilibre reste fragile. Depuis le début des années 2000, la déforestation, l’expansion agricole et l’exploitation non durable des ressources naturelles entraînent une perte continue du couvert forestier.

Surnommée « Madame Tantely », Filipa Campelo place les abeilles au cœur de son action. « Madame Tantely », une qualification devenue symbole de son engagement profond envers la conservation de la biodiversité et la sensibilisation des communautés au Menabe et sur la côte ouest. Elle incarne à la fois son amour pour ces pollinisateurs essentiels et son rôle de médiatrice entre les Hommes et la Nature. Une manière de rappeler que chaque petite action, chaque geste pour protéger les abeilles, a un impact direct sur la préservation de nos écosystèmes.

Sensibiliser et protéger

À travers des ateliers d’initiation à l’apiculture, elle sensibilise les enfants et les communautés locales à l’importance de ces insectes dans l’équilibre des écosystèmes. Observer une ruche, comprendre la pollinisation ou encore découvrir l’organisation des colonies devient un moyen concret d’aborder les enjeux environnementaux.

L’apiculture locale reste toutefois confrontée à plusieurs défis. Certaines pratiques traditionnelles peuvent fragiliser, voire détruire les colonies d’abeilles. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique, qui perturbent les cycles naturels et réduisent les ressources florales.

Face à ces enjeux, l’association encourage des méthodes plus durables, tout en développant une approche globale basée sur l’éducation environnementale et la mobilisation communautaire. L’objectif est de renforcer l’implication des populations locales dans la gestion des ressources naturelles, tout en contribuant à améliorer leurs conditions de vie.

À travers cette initiative, Filipa Campelo mise sur la transmission aux plus jeunes pour construire une conscience écologique durable. Dans le Menabe, où les forêts continuent de reculer, la protection de l’environnement passe aussi par l’éducation et, parfois, tout commence par une ruche.

Cette initiative permet en même temps de donner une nouvelle activité génératrice de revenus à des communautés paysannes qui travaillent aussi pour la nature. Dans le Menabe, les abeilles assurent une part essentielle de la pollinisation, souvent estimée entre 70 % et 90 % pour de nombreuses plantes à fleurs, mais les pesticides, la déforestation ainsi que certaines pratiques apicoles nocives et prédatrices mettent aujourd’hui en péril leur survie, et avec elles l’équilibre fragile de cet écosystème unique au monde. « Je suis une amoureuse de l’Apis mellifera unicolor, l’abeille endémique de Madagascar, et je fais ce que je peux pour les préserver. »

Hasina Giovanni

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