L’étude de faisabilité technique pour Vara Mada (ex-Base Toliara) a été mise à jour récemment. Elle démontre que le projet pourrait générer près de 3 % du PIB national, avec une contribution annuelle estimée à 494 millions de dollars. Actuellement, la filiale du géant américain Energy Fuels poursuit les discussions avec le gouvernement en vue de l’obtention de son accord d’investissement. Des modifications ont été apportées au projet en fonction des récentes études de faisabilité. Dans cette interview, Mike Van Akkoi, le directeur général de Vara Mada, explique les récents développements autour de ce projet minier dans le sud de l’île.
Quelles sont les dernières mises à jour pour le projet ?
Eh bien, nous avons terminé notre étude de faisabilité technique, une mise à jour actualisée du projet. En même temps, nous poursuivons les discussions avec le gouvernement au sujet de l’accord d’investissement. Nous cherchons également à faire progresser notre évaluation de l’impact environnemental et social. Récemment, nous avons soumis l’étude de faisabilité actualisée à un grand cabinet comptable, Ernst & Young, pour qu’il évalue aussi l’impact économique du projet Vara Mada à Madagascar. Les résultats sont remarquables à court terme et à long terme. Le dernier point concernant l’état d’avancement est que nous progressons dans notre engagement communautaire à Toliara pour mieux expliquer aux gens la nature du projet, pour écouter leurs questions et leurs préoccupations, et pour susciter autant de soutien et de compréhension que possible à mesure que nous avançons.
Quelles sont les conclusions apportées par Ernst & Young et qui vous enthousiasment autant ?
Selon l’analyse menée par ce cabinet, le projet pourrait générer jusqu’à 26,7 milliards de dollars d’activités économiques sur toute sa durée de vie, prévue pour 39 ans. Il prévoit un investissement initial de 890 millions de dollars et une contribution annuelle estimée à 494 millions de dollars au PIB, soit près de 3 % de l’économie nationale, tandis que les recettes fiscales pourraient atteindre environ 130 millions de dollars par an. Si les étapes administratives sont franchies, le chantier pourrait débuter cette année même, pour une première production envisagée en 2028.
Quid des discussions avec le gouvernement ?
Elles portent actuellement sur l’accord d’investissement. Il s’agit du contrat relatif à notre investissement. Il est important de préciser que cet accord ne constitue pas une autorisation de construction. Celle-ci interviendra uniquement après la finalisation de l’évaluation environnementale et sociale, qui devra être examinée par le gouvernement et l’ensemble des parties prenantes. Tout cela se fera publiquement, de manière transparente pour la population. Ce processus prendra du temps, car il implique notamment la collecte et l’analyse de nombreuses données.
Le Premier ministre malgache a rencontré à Washington Christopher Landau, le secrétaire d’État adjoint. Comment interprétez-vous les signaux envoyés de part et d’autre ?
Je tiens d’abord à rappeler que Vara Mada est un projet porté par une entreprise privée, et que nos discussions avec le gouvernement malgache sont directes, sans intermédiaire. Bien entendu, Energy Fuels est un acteur important aux États-Unis, et il est naturel que le gouvernement américain s’intéresse à nos activités, comme d’autres gouvernements le font pour des projets similaires. Je ne participe pas aux échanges entre gouvernements, et ces discussions dépassent largement le cadre de notre projet.
Peut-on y voir un signal positif ?
Le dialogue entre les États-Unis et Madagascar sur ce projet existe depuis plusieurs années et se poursuit évidemment. De manière générale, tout engagement est positif. Mais je n’ai pas d’éléments supplémentaires au-delà de ce qui a été rendu public.
Quand les discussions pourraient-elles aboutir ?
Notre priorité aujourd’hui est d’obtenir un accord avec les communautés afin de relancer notre programme de suivi environnemental et social. Ce travail nécessitera environ 14 à 15 mois pour actualiser les données collectées en 2018-2019, notamment sur les études de sols, d’eau, d’air et les interactions avec les populations locales. Il s’agit d’activités à très faible impact, sans construction, menées par des équipes techniques sur le terrain. Par ailleurs, de nombreux ajustements ont été intégrés au projet sur la base des retours des communautés avant la suspension de 2019. Nous devons désormais mieux expliquer ces évolutions, car certaines inquiétudes reposent sur des éléments qui ne sont plus d’actualité. Il est essentiel de montrer concrètement comment le projet a été amélioré et a pris en compte ces préoccupations.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans les discussions avec le gouvernement et dans les autres processus ?
Toute chose prend du temps. Cela avance très lentement. Nous avons par exemple un projet similaire en Australie. Nous avons les permis. Le gouvernement australien est serein concernant l’aspect social, l’aspect environnemental, tout. Cela a pris deux ans, et nous commençons bientôt la construction. Nous avons un autre projet au Brésil. Nous avançons dessus. Or le Brésil et l’Australie n’ont pas les mêmes préoccupations sociales ou politiques concernant ce projet. Vous pouvez en tirer vos propres conclusions.
Le gouvernement malgache souhaite développer la transformation locale. Quelle est votre position ?
Il faut distinguer deux choses. Pour développer une industrie de transformation locale, il est indispensable de disposer des infrastructures nécessaires : énergie, eau, main-d’œuvre qualifiée, cadre réglementaire et connaissance des marchés. À ce stade, la priorité est de construire une mine opérationnelle. Ensuite, il sera possible d’envisager des étapes supplémentaires dans la chaîne de valeur, à condition que les conditions soient réunies.
"Pour développer une industrie de transformation locale, il est indispensable de disposer des infrastructures nécessaires: énergie, eau, main-d’œuvre qualifiée, cadre réglementaire et compréhension des marchés."
Par exemple ?
Le traitement de la monazite, par exemple, implique des procédés complexes, notamment liés à la gestion de matières radioactives. Aujourd’hui, une installation existe déjà dans l’Utah, et elle traite des matériaux provenant de nombreux pays dans le monde. Construire une telle installation à Madagascar représenterait un investissement très lourd, difficile à justifier au regard des volumes locaux. Il est donc essentiel d’aborder ces questions de manière pragmatique, en fonction des réalités industrielles et économiques.
Quelles sont les principales actions que vous menez sur le terrain, sur le site de Toliara en ce moment ?
À ce stade, aucune activité n’est en cours sur le site, dans l’attente de l’accord d’investissement et du lancement des études environnementales. En revanche, nous avons lancé un programme social majeur, « Mianatra », visant à fournir des repas scolaires quotidiens à environ 10 000 enfants. Ce programme pilote pourrait bénéficier à près de 80 000 personnes à terme. Il constitue une première illustration concrète de l’impact que ce projet peut avoir pour les communautés. Ce sera pour nous l’occasion d’interagir avec les communautés d’une manière différente et de renforcer la confiance envers notre projet. C’est donc une activité majeure qui a débuté et qui a été annoncée localement il y a quelques semaines.
Quid de l’aspect environnemental ?
Nous avons une pépinière qui travaille depuis des années pour étudier quelles espèces d’arbres indigènes nous pouvons cultiver et planter sur la zone du projet. Nous avons actuellement 100 000 arbres dans la pépinière, dont nous en avons planté plus de 27 000 dans les communautés, y compris 2 000 baobabs. Et nous prévoyons qu’au fur et à mesure de l’avancement du projet, nous planterons des millions d’arbres dans la zone qui a été déforestée pour la production de charbon de bois, afin de régénérer la zone.
Qu’en sera-t-il des baobabs présents sur le site ?
Le projet est conçu pour éviter les baobabs autant que possible. Lorsque cela n’est pas possible, des solutions de déplacement ou de replantation sont mises en œuvre afin de les préserver et de les respecter.
La signature de l’accord enverrait-elle un signal positif aux investisseurs ?
Absolument. L’accord sera un document public, examiné par la Haute Cour constitutionnelle et approuvé par le Parlement. Il donnera de la visibilité sur les conditions d’investissement à Madagascar et constitue un signal très positif pour les investisseurs internationaux.
Avez-vous poursuivi le processus de recrutement entamé par Base Toliara pour Vara Mada ?
Nous ne pourrons réellement commencer le recrutement et la formation qu’une fois l’investissement obtenu. Nous avons donc une petite équipe et avons dû en réduire un peu la taille à cause des retards. Mais dès que notre accord d’investissement sera signé, cela nous donnera la capacité de réellement commencer à former et à recruter les personnes dont nous aurons besoin pour la période de construction, puis pour l’exploitation de la mine. Il s’agit vraiment de milliers d’emplois, particulièrement pour les jeunes, pour la « Génération Z ». Beaucoup de formations, une immense occasion d’emplois bien rémunérés à long terme pour le pays et pour la région.
Les candidatures récentes présentées au cours des trois dernières années seront-elles conservées ?
Oui, les CV sont conservés.
En tant qu’investisseurs, quel message adressez-vous aux parties prenantes ?
Si l’on prend du recul, ce projet ne présente pas de risques significatifs pour l’environnement ou les communautés. En revanche, ses bénéfices potentiels sont considérables. Il peut créer des milliers d’emplois et injecter des centaines de millions de dollars dans l’économie malgache dans un délai relativement court. C’est une occasion réelle de transformation pour le pays et pour toute une génération. Ce projet s’inscrit dans un choix plus large pour Madagascar : celui de valoriser ses ressources de manière responsable et au bénéfice du pays. Au final, c’est une décision souveraine, qui engage la trajectoire économique du pays et les occasions offertes aux générations futures.
Itamara Otton
