Frères siamois

La session ordinaire du Parlement débute ce jour. Comme le Sénat a fini d’exister, en attendant la prochaine élection, le beau rôle est joué par l’Assemblée nationale. Une Chambre basse à visage unique, puisqu’il n’existe pratiquement plus d’opposition, ou presque. La majorité des députés Irmar se sont empressés de mettre l’autre face de leur veste pour former la nouvelle majorité, de peur de voir l’Assemblée dissoute et de perdre leur Eldorado. Ceux qui ont essayé de résister ont été destitués, soit pour « école buissonnière », soit pour poursuites judiciaires.

C’est une Assemblée nationale à visage lissé par le changement politique, après la « révolution » du mois de septembre qui a soufflé le régime Rajoelina, qui va débuter la saison parlementaire. C’est ainsi, d’ailleurs, depuis la session budgétaire de l’année passée, lors de l’adoption de la loi de Finances.

Il ne faut donc pas s’attendre à des débats houleux ni à des échanges musclés lors de cette session où plusieurs projets et propositions de loi sont au menu.

Le Programme général de l’État, présenté par le Premier ministre, n’a fait l’objet d’aucune remarque ni remise en cause.

Ce qui est compréhensible, étant donné qu’on a désormais une chambre d’amis où l’essentiel est d’y séjourner le plus longtemps possible. C’est d’autant plus vrai qu’on a désormais du mal à distinguer le pouvoir exécutif du pouvoir parlementaire. Les deux filent le grand amour, à tel point que le Parlement semble oublier qu’il est la caméra de surveillance de l’Exécutif. Le tandem ressemble à des frères siamois, l’un suit toujours l’autre. Ce qui ne s’est jamais vu auparavant, pour la simple et bonne raison que la séparation des pouvoirs est naturellement marquée par la distance entre Tsimbazaza et Iavoloha ou Ambohitsorohitra. Il est bien clair, dans la Constitution, que le gouvernement est responsable devant le Parlement.

Or, quand on entend le président de l’Assemblée nationale annoncer le prochain déplacement du président de la Refondation, on perd tout simplement le Sud. Le Président est assez grand pour parler de ses propres oignons.

L’amalgame et la confusion des pouvoirs sont malsains pour la démocratie. On veut bien que l’Exécutif et le Parlement dansent sur le même tempo, mais quand la fraternité devient familiarité, il n’y a plus de balise aux excès et aux abus.

Sylvain Ranjalahy 

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