EXPOSITION ZAZA MITAIZA ZAZA - Une trentaine d’œuvres éveillent la conscience collective

Quelques unes des trentaine d’œuvres issues du projet  « Zaza mitaiza zaza » exposées au Tiers Lieu Mahatazana.

Un regard peut parfois bouleverser une vie entière. Celui qu’a croisé Viviane Rakotoarivony en 2021, dans un hôpital du Sud de Madagascar lors d’une mission pour les Nations Unies, a marqué le point de départ d’un projet artistique et humain d’envergure. Ce dimanche 3 mai, lors du vernissage de l’exposition « Zaza mitaiza zaza » au Tiers Lieu Mahatazana.

Face au public, la photographe est revenue sur cette rencontre déterminante avec une très jeune mère tenant dans ses bras un enfant souffrant de malnutrition sévère. « Ce regard ne m’a jamais quittée. À cet instant, je me suis sentie profondément impuissante face à une détresse qui appelait à l’aide », confie-t-elle. Depuis, cette image s’est imposée comme le symbole d’une réalité largement répandue mais encore trop peu évoquée : celle des filles-mères à Madagascar.

À travers le projet Children Raising Children — Zaza mitaiza zaza, Viviane Rakotoarivony entend donner une voix à ces jeunes filles devenues mères avant l’âge de 18 ans. Elle souligne l’ampleur du phénomène en rappelant que « ces jeunes filles représentent environ un tiers des mères à Madagascar», évoquant des parcours de vie marqués par la précocité des responsabilités, l’absence fréquente des pères et des conséquences lourdes, notamment sur la santé mentale. « Ce sont des enfants qui élèvent des enfants, souvent sans l’avoir choisi », insiste-t-elle.

Techniques mixtes

L’exposition, ouverte du 3 au 27 mai, se présente comme un premier jalon d’un projet en constante évolution. « Nous travaillons actuellement avec une dizaine d’artistes, et une trentaine d’œuvres sont exposées, mais cela peut encore évoluer au fil de l’avancement du projet », précise-t-elle. Plus qu’un aboutissement, cette initiative se veut un point de départ : « Cette exposition est surtout une manière de montrer le travail déjà accompli, un commencement qui permet de rendre visible l’existence du projet ».

Au-delà de la photographie, l’artiste a souhaité explorer d’autres formes d’expression. Suite à un atelier mené à la Fondation H en janvier, elle a enrichi sa démarche en intégrant des techniques mixtes mêlant dessin, peinture et photographie. Elle a également invité plusieurs artistes à s’approprier ses images et les histoires qu’elles portent, donnant naissance à une diversité d’interprétations.

Cette collaboration a donné lieu à une véritable mosaïque artistique, réunissant notamment Mahefa Rasamuel, Na Hassi, Tiffany Andrianjaka, Andri Marcel, Gina Ramarosaona, Miaro Ramaherison et Anjatiana Andrianoroarivo. Ensemble, ils composent un ensemble d’œuvres qui dialoguent entre elles et offrent un kaléidoscope de regards, de sensibilités et d’histoires.

Pensée comme une exposition itinérante, cette initiative ambitionne de toucher un public plus large et de s’inscrire dans différents espaces. Elle se veut également un outil de sensibilisation et d’éducation. 

« L’art peut être utilisé pour sensibiliser, pour accompagner les enfants, pour enseigner. Il peut devenir un véritable outil au service de la société », affirme Viviane Rakotoarivony.

Cassie Ramiandrasoa 

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