Zoologique et botanique

Un chat m’a rejoint à table. Il traînait auprès d’autres clients, mais sans succès. Ronron discret presque imperceptible à moins de le toucher : quelle chosification, quelle indifférence, quelle souffrance, se cache donc derrière cette inaudibilité ? 

Qu’un animal, supposément domestique, retrouve la méfiance prudente de ses congénères sauvages signifie beaucoup quant à notre comportement humain de prédateur ultime tout en haut de la chaîne. 

Devinant je ne sais quoi que son instinct lui dicte, il vint me jauger du regard, me sentir enfin de ce museau baromètre. Les oreilles levées, la queue dressée, l’étirement paresseux, parlaient pour son silence: aucune appréhension, cet humain-là semble décidément de confiance. 

Cela semble également être le cas des soigneurs du Parc Zoologique et Botanique de Mulhouse (France) où un bébé propithèque couronné est né le 26 mars 2026. Il y a 40 ans, ce même zoo avait accueilli un couple de lémuriens aux yeux turquoise : Jacques et Bernadette qui ont eu 13 petits entretemps. Cependant, après les naissances de Dimby (2013), Olana (2014), Mavo (2015), Nofy (2017), la faible reproduction de cette espèce, en danger critique d’extinction dans la nature, devient préoccupante. 

On peut regretter qu’en captivité, une mère puisse rarement élever ses petits parce que c’est un enseignement millénaire qui se perd. Mais, dans la nature, les derniers représentants de ces espèces sont victimes de la pression humaine.  

Des échanges - avec Duke Lemur center (États-Unis), zoo de La Palmyre (France), zoo Ostrava (République tchèque), Kölner zoo (Allemagne), Réserve zoologique de Calviac (France) - sont indispensables pour renouveler la génétique et éviter que les animaux périssent par consanguinité. Même dans la nature, ce problème représente un vrai souci quand leur habitat s’amenuise, à cause de la déforestation ou la fragmentation de la forêt. 

Dans son habitat naturel, le lémurien aux yeux turquoise, endémique de la presqu’île de Sahamalaza (Nord-Ouest de Madagascar), est menacé. Si, éthiquement, il n’est plus envisagé de prélever des spécimens dans la forêt pour renouveler le stock génétique des zoos, les scientifiques envisagent de faire venir des gamètes. 

Malheureusement, c’est en Europe que s’est mis en place un programme de préservation et de reproduction des lémuriens tandis qu’à Madagascar, certaines populations en font encore consommation. Les 25 et 26 avril 2026, le zoo de Mulhouse organise la 10ème édition de «Madagascar en fête» : découverte, partage, sensibilisation. Une initiative pédagogique qu’il faudrait importer sur l’île-continent «tanindrazana» des lémuriens, pour que les petits d’hommes inculquent à leurs parents que les lémuriens, ça ne se mange pas, et que l’élevage des zébus, porcs et volailles, a été inventé justement pour ne pas braconner constamment la nature. 

Le chat est encore lové contre ma jambe. Le poisson offert n’était que protocolaire : d’un don, toujours l’humain pense à un dû. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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