Enthousiasme, ambition, abnégation, humilité, réalisme, résignation, fatalisme…
Chaque mot des sept étapes (pas limitativement énumérées) par lesquelles, je suppose, passent celles et ceux qui ont eu administrer la Ville d’Antananarivo (CUA un jargon administratif sans aucun affect, bien trop impersonnel en comparaison de l’ANTA-REV d’il y a 30 ans).
Ici, aucun miracle. Et plus le temps avance, moins on a l’impression de pouvoir arriver enfin à bout de ce qu’il faudrait faire, de ce qu’il aurait fallu faire, de ce qu’on ne pourrait plus faire.
Il ne peut y avoir de miracle tant que le problème débute hors de la juridiction et au-delà du domaine juridique de compétence de la Ville d’Antananarivo et de son Maire.
Les scooters par exemple. Ces machines infernales débarquent par les ports, sur le littoral, à 350, 500, 1000 kilomètres d’Analakely, Besarety, Andohatapenaka, Analamahitsy, Mahazo, Ankadimbahoaka, Ambohimanarina. Ils se retrouvent en nombre, en masse, en meute, dans les rues d’Antananarivo : roulant en sens interdit, dépassant à droite, stationnant en double file en plein virage, et cetera. Pour commencer à réguler ce problème, qui est un scandale permanent, il faudrait à la Ville d’Antananarivo demander des comptes au Ministère des importations, aux Douanes, aux revendeurs de bonnes occasions, aux concessionnaires qui osent même essayer de fourguer des bajaj pour «anarchiser» encore plus la Capitale.
À ce que j’appelais «génération taxibe» succède la «génération scooter», l’une étant la fille naturelle de l’autre. Le mépris, quand bien même ils en auraient eu connaissance, du Code la route avait commencé avec les taxibe : les scooters vont et (re)viennent n’importe comment partout. L’entassement à bord, au-delà du chiffre légal de la carte grise, ce sont les taxibe qui en avaient inauguré le principe avec la complaisance des compagnies d’assurances et la cécité bienveillante de la police : spectacle quotidien très habituel désormais que de voir une petite famille de deux adultes et deux enfants sur un scooter.
La mentalité s’est corrompue et les moeurs ont dégénéré. Quarante ans de laisser-aller et de laisser-faire depuis la disparition de l’éducation civique. Cette double «génération taxibe» et «génération scooter» s’agglutine à Antananarivo: la saturation des infrastructures s’accompagne de l’épuisement des ressources et se complique d’un surpeuplement par des gens qui campagnardisent une ville à pourtant forte identité bien avant la colonisation. Et cette fois, c’est au Ministère de l’absence de décentralisation qu’Antananarivo adresse son réquisitoire.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja