La vision lunaire de la brousse xérophile du Sud

 Le raphia de l’Est de l’espèce « Rafia ruffia ». 

Après avoir passé un premier palier qui s’évase sur les marais et le lac Alaotra pour s’encastrer dans la forêt tanala, puis une bande de forêt, l’on atteint les pays merina et betsileo. Mais cette forêt n’est plus que l’ombre et le vestige de celle du pays tanala, dans les années 1930.

« C’est un peuplement dégradé par les exploitations successives qui ont été conduites depuis les premières royautés hova et dans lequel la hache du bûcheron retentit encore au risque d’en compromettre la régénération », précise un botaniste (groupe de chercheurs botanistes, Revue de Madagascar, janvier 1935, lire précédentes Notes).

D’après ces chercheurs, la sylve orientale a été d’une telle richesse que de beaux et vieux arbres émergent encore dans la foule des espèces secondaires à la croissance rapide, « jetant un défi à la cognée meurtrière et à la main insensée qui la manie ». En suivant la descente parallèle à l’océan Indien, le même ordon-nancement des quatre groupes de la forêt de l’Est se voit, à l’exception de celui des raphias. Vers la pointe Sud-Est, ces groupes se fusionnent en un seul pour épouser le promontoire du pic Saint-Louis à Tolagnaro.

À 40 km de cette ville « riante de verdure », vers laquelle mène une route bordée de « Pandanus » et de palmiers toujours verts, on est confronté à un brusque changement. « Aucune transition, mais une absolue discontinuité. » Et un simple col, peu élevé, sépare à cet endroit la flore de l’Est de la flore du Sud. 

Et du vert, on passe « aux grisailles » à cause des larges feuilles aux épines et aux écailles, des rameaux ligneux aux boudins turgescents, des imposants houppiers aux fluets candélabres qui se terminent par « de merveilleuses et éclatantes orchidées aux rutilants aloès ». Tout cela prouve que l’on est dans l’Androy. La vision lunaire surprend, enchante et fascine, confie un voyageur épris de la nature. Et elle le suivra au-delà de Toliara, en pays mahafaly, aux premières savanes du Sud-Ouest.

De cette haute brousse xérophile, autrement appelé bush, émergent les multiples euphorbes arborescentes, les arbres « candélabres, pieuvres ou tentaculaires » et les aloès géants. « On se croirait transporter sur la planète inerte que l’on imagine ainsi peuplée de formes dantesques et extravagantes », insiste le voyageur. Mais le groupe de chercheurs bota-nistes met en avant que ces vastes étendues de brous-sailles épineuses présentent plus qu’un intérêt spectacu-laire.

Les arbres de l’Extrême-Sud ont, effectivement, un intérêt économique à ne pas sous-estimer. Dans les années 1930, leur utilisation reste toutefois locale du fait du trop grand éloignement des centres et des ports importants. C’est un handicap à la généralisation de leur emploi.

On peut citer notamment, le bois de « fantsiolosy » (« fantsilotra ») fourni par divers « Allaudia ». D’usage très répandu, il convient pour la caisserie, la charpente légère et les bardeaux dont les toits du pays sont uniformément recouverts. Le bois de « katrafay », de son côté, fournit d’excellents poteaux résistants aux termites et le bois de « mandoravy » est utilisé en construction. 

En outre, à l’époque, on récolte aussi dans l’Androy du caoutchouc de toute première qualité, fourni par le « intsisy ». De même, en pays mahafaly, l’on trouve une excellente gomme pour la laque dénommée « fangoky », du nom local de l’arbre qui la produit et très répandu à cet endroit. 

Les baobabs, pour leur part, contribuent à constituer la transition entre la forêt de l’Extrême-Sud et celle de l’Ouest de Madagascar. « Il semble bien d’ailleurs que le grand port du Sud-Ouest forme un pivot de démarcation entre celles-ci. » 

Tant au Sud qu’au Nord immédiat de Toliara, se rencontrent des arbres nouveaux, « aux bras multiples et décharnés ». Cependant, ils sont moins élancés et leur bois demeure spongieux, sans usage possible. Ce sont les « Didiera ». D’où le nom de « Bush à Didiera et Allaudia ».

Et tout le long du cours inférieur des fleuves et grandes rivières au caractère plus ou moins torrentiel et qui descendent des plateaux bara entièrement calcinés, s’étend une forêt-galerie de type humide. « Elle fait une longue et étroite tache verte dans le ton neutre et délavé de l’océan végétal ».

Pela Ravalitera 

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